l'@-administration ou l'effondrement des repères spatio-temporaires
Date: le 7 octobre 2005 à 09:21
Je voudrais réagir quant à la problématique de l'accès à l'informatique. Si le thème du colloque n'est certes pas l'inclusion numérique des publics fragilisés, l'@-administration bouscule considérablement le rapport au temps et à l'espace de l'administration et, par déclinaison, modifie les rapports aux citoyens et à la gestion du territoire.
L'internet à l'avantage de pouvoir tout savoir sur tout et l'inconvénient de ne rien connaître en profondeur.
Si, il y a quelques années, les administrations étaient des forteresses difficilement pénétrables dans lesquelles ont ne pouvait pas connaître le nom du fonctionnaire guichetier et où l'espace d'accueil était réduit à une forme de parloir, aujourd'hui, grâce à internet, le citoyen est capable d'entrer dans l'administration, de découvrir l'intérieur des bureaux, d'obtenir les noms et les photos des agents, . bref, le « territoire » fermé de l'administration est devenu un espace public rendu au citoyen.
Le citoyen ne se limite plus à « son administration », à « son territoire » . Il élargit son espace de référence et découvre « ce qu'il se passe ailleurs ».
De ce fait, il renforce une forme de concurrence entre territoires. Ainsi, en tant que gestionnaire d'un C.P.A.S. je suis confronté à des demandes de services que nous n'organisons pas. Parce que le citoyen a vu qu'un tel service existe dans une commune, il attend, au nom de l'universalité du service public, que le même service existe dans SA commune.
L'Homme, grâce à l' internet n'est plus un citoyen d'une localité mais citoyen du monde.
Les territoires, à l'instar de l'entreprise privée, s'embarquent dans des logiques de benchmarking en découvrant ce qu'il se fait ailleurs pour le refaire chez lui, ., mieux !
L'usage excessif d'internet ou de l'@-administration détricote le territoire local et a pour conséquence que les services ne s'enracinent plus sur les besoins spécifiques de la population locale mais sur des espèces de standards normalisés.
Le net modifie lerapport au temps. Le secrétaire communal doit être capable de mettre ligne son procès verbal du conseil communal dans les quelques jours (heures) qui suivent la séance au nom du droit à l'information.
Le débat politique local se déplace, il est externalisé et ne s'enracine plus sur les populations locales.
Ce rapport à l'immédiateté se traduit à travers les mails. Le surfeur qui interroge son administration, attend une réponse dans les quelques minutes qui suivent son envoi alors que, il y a encore 10 ans de cela, il se serait déplacé pour rencontrer l'agent communal. L'usage de l'@-administration modifie les rapports de force de l'administration mais également, modifie les modes d'organisation du service public Le territoire s'éclate. La relation spatiale est modifiée. Le surfeur peut passer de Bruxelles à Charleroi en quelques secondes, comparer le service public d'une ville à l'autre sans comprendre l'ancrage local qu'il le définit.
Le recours à l'administration immédiate transforme également le contrôle démocratique. De plus en plus, le citoyen attend une réponse immédiate qui, forcément, est donnée par un fonctionnaire seul et qui donc engage seul sa responsabilité. Le contrôle hiérarchique et politique garantissant les règles de droit, peuvent être mises à mal et mettre en péril l'administration.
Cependant, l'internet, dans la gestion des localités, peut être un outil magnifique permettant le partage des pratiques et la diffusion de « l'innovation ».
Il n'est plus utile qu'elles soient contiguës pour que deux administrations locales s'échangent les pratiques et permettent ainsi de gagner les temps de « la recheche développement ».
Mais le service public a aussi l'obligation de réduire les phénomènes de fractures numériques. Mais ceci n'est pas à l'ordre du jour de notre forum.
Bernard ANTOINE
Secrétaire du C.P.A.S. de MONTIGNY-LE-TILLEUL
Spécialisé en développement local