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 Le territoire et le temps

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Territoire et temps, un cas particulier
Auteur: Suzanne Huygens ( )
Date: le 17 octobre 2005 à 03:09

Le Relais Social, 10 boulevard Jacques Bertrand, 6000 Charleroi.
Tél. : 071 506 731, Mail : relais.social.charleroi@skynet.be
Association régie par la loi du 8 juillet 1976 - Avec le soutien de la Région Wallonne


Introduction


Lors de la création du Relais Social de Charleroi (2000,2001), en ce qui concerne l'accueil de jour, les partenaires locaux ont, d'une part, considéré l'importance de prévoir un aménagement voire un agrandissement des bâtiments du service d'accueil de jour « Comme Chez Nous », et, d'autre part, de professionnaliser l'accueil. Une coordinatrice et une équipe de travailleurs ont été engagées pour compléter le cadre des bénévoles.
La rapidité à laquelle s'est développé l'accueil, ainsi que l'accroissement inattendu du nombre de personnes qui ont sans tarder fréquenté le service, ont témoigné de la demande importante qui existait pour une telle offre et de la justesse de la mesure adoptée. Cependant, cette situation inattendue n'a pas été sans conséquence : la population accueillie est devenue trop importante au regard des capacités d'accueil.
Faisant preuve de transparence, l'opérateur a informé et sollicité le réseau afin de trouver une issue à cette situation. Le recentrage mené par l'équipe a été orienté vers l'accueil d'un public sans-abri.

Cette évolution est présentée dans le Rapport d'Activités 2003 (pp. 13-14, 46-48, 52-54). Nous reprenons la dernière des trois références mentionnées ci-dessus, non sans l'introduire par quelques remarques relatives aux territoires et au temps qu'il faut pour comprendre-agir-transformer.

Si le terme territoire désigne une zone géographique et sa population (citoyen ordinaire compris), il peut aussi désigner une zone d'investissement : un public cible, une action c'est-à-dire un réseau et les actions mises en oeuvre par les opérateurs locaux et, dans cette dernière occurrence, désigner encore le projet, l'identité et les missions d'un service particulier.

Si de nombreuses collaborations et réflexions ont lieu dans le réseau Relais Social de Charleroi à propos de l'offre et de son impact auprès des populations cibles, le respect de l'identité et de l'autorité de chaque service dans son "territoire" est de mise.
Bien que l'évolution dont il est question ait été abordée aux trois niveaux du réseau (décideurs,travailleurs,utilisateurs), il est important de souligner que « Comme Chez Nous » est resté « maître » des réorientions adoptées lors du recentrage, comme le montre l'extrait suivant.


« UN CAS PARTICULIER : LE RECENTRAGE DE COMME CHEZ NOUS DEVENU DEPUIS LE REBOND *.


Nous l'avons vu, le Relais Social a permis la professionnalisation du service d'accueil de jour "Comme Chez Nous".
Malgré l'intégration de professionnels, le maintien de l'équipe des bénévoles a été décidé par le conseil d'administration. Cette option correspond autant à une volonté philosophique d'impliquer la société civile dans l'aide aux SDF, qu'à la nécessité de disposer d'une équipe d'accueil importante.


I. LES PROBLÈMES RENCONTRÉS


Depuis la professionnalisation de Comme Chez Nous (fin 2000) et l'agrandissement de la salle d'accueil (2001), le nombre de personnes accueillies s'est accru jusqu'au premier trimestre 2003.
D'une moyenne journalière de 20 personnes, avant la professionnalisation, le service est passé à la moyenne de 60 personnes voire plus accueillies journellement.

Le public composé, au départ, de personnes sans-abri ou mal logées qui y trouvaient un refuge pour quelques heures, a vu arriver progressivement nombre de personnes présentant des problématiques plus complexes voire chroniques, mêlées de rupture du lien familial et social, d'assuétudes, de problèmes de santé. La demande d'élargissement du public cible n'était pas seulement exprimée par les utilisateurs, elle l'était aussi par les partenaires du Relais Social. Lesquels envoyaient, jour après jour, des personnes très fragilisées ou limitées mentalement, par exemple, et des familles nombreuses alors que le service tentait de ne plus recevoir d'enfants. Les réponses au cas par cas n'étaient plus réalisables avec un public aussi important.

Parallèlement, le cadre n'a cessé de s'élargir. Un des principes de base du service était de ne « pas faire ce qui se faisait ailleurs », mais tant de besoins étaient exprimés qu'à défaut de partenaires vers lesquels orienter les demandeurs, le service en est arrivé à réaliser « ce qui ne se faisait pas ailleurs ». Comme Chez Nous est devenu un lieu aux objectifs multiples et de plus en plus confus au vu des moyens disponibles pour les réaliser. En effet, la capacité d'encadrement par le personnel permanent était limitée à 4TP ½. La surpopulation rendait le travail social et l'accueil difficiles.

L'équipe des accueillants s'est trouvée à de nombreuses reprises dépassée. Il ne s'agissait pas tant de compétences dans le chef des permanents et des bénévoles que d'une lente dissolution du cadre de travail. La nécessité de recentrer l'action sur les objectifs du service d'accueil s'est posée.
La surpopulation, l'absence de certains travailleurs (maladie) ainsi qu'une série d'événements ont provoqué une crise qui a conduit le service à fermer trois samedis au mois de février.
Pour faire pression sur "Comme Chez Nous" afin qu'il reste ouvert ces samedis, un groupe d'usagers a recouru aux médias.


II. L'ACTION ENTREPRISE : LE DOUBLE APPORT DU COMITÉ DE PILOTAGE


Sensibilisé par la demande des personnes sans-abri et mal logées, le Comité de Pilotage a choisi de mettre en ouvre une action solidaire, tout en appelant "Comme Chez Nous" à apporter une réponse, dans le cadre de ses missions, à l'afflux de population dans le service.


L'action solidaire : Pendant trois samedis, un accueil alternatif a été organisé dans un lieu extérieur à "Comme Chez Nous". L'accueil a été réalisé par des travailleurs de cinq services partenaires du Relais Social** .
Un bilan de l'action a été réalisé par l'équipe mise au travail et par le Coordinateur adjoint du Relais Social chargé de coordonner l'accueil alternatif.

La réflexion : Par ailleurs, le Comité de Pilotage a proposé à "Comme Chez Nous" de mettre en ouvre une concertation dynamique, respectueuse des compétences et des limites du service.
Une réflexion globale et soutenue a dégagé des pistes qui concernaient l'ensemble du dispositif.
Les thèmes et les hypothèses autour desquels s'est organisée le débat, sont présentés en pages 46-48 du R.A. 2003.


III. LE RECENTRAGE


L'ensemble de la situation a conduit le service à effectuer un recentrage sur sa mission première.
De nombreux paramètres ont été pris en considération, citons-les : la concertation interne avec l'ensemble des travailleurs et des bénévoles ; l'analyse des besoins de la population rencontrée pendant cette période ; l'expérience de sept années d'accueil de jour ; le concours d'un superviseur extérieur et encore, les constats des autres opérateurs. Le service ne souhaitait plus « mettre un local à disposition », il voulait proposer un service de qualité.

Comme Chez Nous a redéfini le public cible, les objectifs et les moyens à mettre en ouvre pour remplir sa fonction de lieu d'accueil d'urgence pour les personnes sans-abri. L'accent a été placé sur l'accueil de qualité et l'orientation systématique.

Une étude des besoins a été réalisée auprès des personnes accueillies à Comme Chez Nous. La réorientation suivante a été mise en ouvre :

Public cible : les personnes sans-abri.

Relevé des objectifs nouveaux : Offrir un lieu d'accueil où la formulation d'une demande n'est pas la condition pour y accéder.
Donner le temps à la personne en rupture de liens sociaux pour qu'une demande puisse émerger.
Baliser davantage ce temps par un accompagnement. Orienter vers les services compétents. Cependant l'équipe manquait de moyens humains pour accompagner physiquement les personnes trop faibles ou trop déstructurées pour réaliser les démarches seules. Des collaborations ont dès lors été mises en place avec l'équipe des éducateurs de Carolo Rue.
Rencontrer les besoins d'hygiène élémentaires.
Sensibiliser les personnes à leur santé, détecter de nouvelles pathologies et les orienter vers une prise en charge médicale adéquate, assurer de petits soins d'urgence. Proposer un lieu où se reposer pendant la journée.
Réapprendre aux SDF la vie en société par sa dimension collective.
Observer et témoigner de la réalité sociale des personnes sans-abri et en précarité sociale aiguë.

Moyens : Pour réaliser ces objectifs, "Comme Chez Nous" utilise les deux axes du travail social, l'axe individuel et le travail communautaire et collectif.
La structuration dans le temps est objectivée par la fermeture du service pendant l'heure du midi et l'ouverture de plages variables. Le service reste ouvert toute la semaine jours fériés y compris.

Nouvelle dénomination du lieu d'accueil : L'intitulé Le REBOND représente la remise en route des personnes les plus déstructurées. Ce contenu se démarque de celui véhiculé par l'intitulé Comme Chez Nous.


IV. LES PREMIERS CONSTATS


Le recentrage sur le public des personnes sans-abri : Comme attendu, le nombre de personnes fréquentant le service s'est réduit dans un premier temps. Il reste important. Cela souligne la nécessité et la justesse, dans le cadre du Relais Social destiné aux populations en précarité sociale aiguë, d'un recentrage sur la population la plus fragilisée.

L'accueil collectif et les demandes formulées : Le service constate la présence moyenne d'une vingtaine de personnes par demi-journée d'ouverture. La moitié des demandes sociales adressées par les personnes accueillies concernent le logement.

Le respect du cadre d'accueil : Les travailleurs n'ont plus constaté de débordements dans le service. De même, les riverains ne constatent plus de débordements dans les alentours de Comme Chez Nous.

La mise en évidence de besoins non rencontrés : Le recentrage a mis en évidence le besoin de lieux de convivialité pour les personnes ayant fait un pas vers la réinsertion. Nombre d'anciens accueillis à Comme Chez Nous interpellent les partenaires du Relais Social à ce propos.
Ce besoin ne relève pas du Relais Social. Il concerne les services de deuxième ligne, services d'insertion sociale ou maisons de quartier notamment. Des contacts ont été établis avec les services sociaux de l'Échevinat de la Solidarité. Des perspectives se dessinent.

Par ailleurs, Solidarités Nouvelles a pris en charge de façon collective les personnes qui s'étaient organisées autour de projets collectifs.


Les suites du recentrage : Lors de l'évaluation réalisée en septembre par Comme Chez Nous, les services partenaires ont été consultés. Ils n'ont relevé aucune modification significative, ni dans la population qui fréquente leur service, ni dans les demandes que celle-ci leur adresse, si ce n'est les regrets formulés par les utilisateurs ayant déjà réalisé un certain chemin vers l'insertion : ils ont perdu un lieu d'accueil.

Pour compléter cette réflexion, Comme Chez Nous - Le Rebond organisera en juin 2004 son évaluation annuelle. »


V. UN AN PLUS TARD,


Nous reprenons la synthèse suivante dans le R.A. 2004 du Relais Social (P. 11) :
« Le nombre de personnes accueillies et aidées, reçues au Rebond, au Comptoir est important et en augmentation. Cette évolution souligne combien ces offres distinctes répondent à un besoin.
La stabilisation du recentrage du Rebond a permis à 607 personnes sans-abri d'être accueillies et accompagnées lorsqu'elles le souhaitaient. Par ailleurs, l'équipe et les partenaires du réseau ont émis des avis positifs sur le recentrage et le fonctionnement actuel du service. »


________________

* Cette analyse se base sur des textes de Comme Chez Nous et sur les P.V. du Comité de Pilotage, elle a été avalisée par la Coordinatrice de Comme Chez Nous.

** Des travailleurs issus des équipes du DUS (le CPAS), de Carolo Rue (la ville), Icar, Comme Chez Nous, le Comptoir d'échange de seringues.





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