Ensemble, inventons aujourd'hui les métiers de demain en gérontologie
Date: le 11 novembre 2005 à 11:12
Bonjour,
Pour faire face à l'évolution du contexte gérontologique, des nouveaux métiers émergent.
Ne serait-il pas pertinent d'accompagner politiquement cette émergence :
. par une prospection systématique de ces métiers,
. par une expérimentation des pistes retenues,
. puis par une évaluation de celles-ci :
- afin d'établir un guide des « bonnes pratiques », puis de les transférer auprès de l'ensemble des opérateurs gérontologiques,
- tout en prévoyant les modalités de financement des nouveaux métiers (solvabilisation par les personnes, financement public, etc.) ?
Synthèse de l'évolution du contexte gérontologique
La Belgique, comme les autres pays de l'Union Européenne, vieillit et continuera à vieillir lors des prochaines décennies.
Le nombre des 90 ans et plus explose, avec, en parallèle, celui des personnes en perte d'indépendance, celui de personnes atteintes de maladie d'Alzheimer ou d'autres maladies neurodégénératives.
Deux, voire trois générations, coexistent dans la même famille, avec des cultures différentes, suivant la période où chacun a été jeune :
. les plus jeunes des retraités s'initient à la micro-informatique, surfent sur le Net,
. alors que, lors de la jeunesse des plus âgés, durant la 1ère Guerre Mondiale, la vie sociale de la plupart des femmes était centrée, alors, sur leur couple, sur la famille - ce qui a évolué pour les générations féminines suivantes, plus présentes dans le travail, dans la Société -.
Les enfants des plus âgés de nos concitoyens, jeunes retraités, sont de plus en plus dans une démarche consumériste, exigeant, dorénavant, des prestations de qualité auprès de leurs parents en perte d'autonomie.
Ces jeunes retraités soutiennent leurs parents et leurs beaux-parents à domicile, avec les risques de maltraitance en cas d'usure extrême.
De plus, si ces jeunes retraités, nombreux - enfants du Baby-boom, suite à la 2ème Guerre Mondiale -, vieillissent mal, quels seront les choix de société, dans 20 à 30 ans, pour investir les moyens financiers pour accompagner leur grand âge pathologique ?
Enfin, de manière de contrôler et d'optimiser l'utilisation de l'argent public, restreint, les pouvoirs publics demandent aux opérateurs gérontologiques (services d'aides à domicile, maisons de repos et maisons de repos et de soins, services ambulatoires, alternatifs à l'hébergement, etc.) d'accroître leur démarche qualité, de l'évaluer et de travailler en réseau.
Des pistes de nouveaux métiers en gérontologie
La seule expérimentation, repérée, d'exploration de nouveaux métiers en gérontologie pour accompagner, voire d'anticiper l'évolution socioculturelle des retraités, ainsi que l'explosion démographique du nombre des plus de 80 ans, lors des prochaines années, est française, dans le cadre du dispositif « Nouveaux Services - Nouveaux Emplois », voulu, en 1997, par Martine AUBRY, Ministre de l'Emploi et des Affaires Sociales.
Le système « emplois jeunes » français, à la différence du Plan belge Rosetta (qui est un dispositif d'insertion professionnelle pour des jeunes en difficulté), était prévu pour imaginer, aujourd'hui, les métiers d'Utilité Sociale de demain, répondant aux besoins émergents repérés.
Près de 6.000 postes emplois jeunes, de 1998 à 2002, ont été créés dans le champ de la Gérontologie.
Que disent les conclusions d'un rapport sur « Les conditions de professionnalisation et de pérennisation des postes d'emplois jeunes créés en Gérontologie », réalisé par Ariane Développement Local (Jean-Michel CAUDRON, en collaboration avec Pierre PETITBOUT), en octobre 2001, pour le Ministère français de l'Emploi et des Affaires Sociales ?
Cette étude, d'une approche qualitative, a permis l'analyse, dans l'ensemble des régions françaises, 798 postes, soit 1 sur 7 des quasi 6.000 postes emplois-jeunes créés en gérontologie.
Si toutes les fonctions créées ont pu être intégrées dans les grilles de métiers des Fonctions Publiques Hospitalière et Territoriale et les conventions collectives nationales de maisons de repos associatives ou d'organismes de l'aide à domicile, le dispositif « Nouveaux Services - Nouveaux Emplois » aura permis (cf. tableau récapitulatif synthétique des métiers « émergents » en gérontologie, en page 3 de cette note), dans chacun (des) trois secteurs d'activité de la Gérontologie (établissement, domicile, territoire) :
. d'apporter de nouvelles compétences auprès des retraités, compétences existant dans d'autres secteurs d'activité (accompagnement social, hôtellerie),
. de faciliter l'évolution de métiers existant déjà en gérontologie (vie sociale, soins et accompagnement de la personne),
. d'accompagner l'évolution des contraintes réglementaires pour les opérateurs de terrain et l'accroissement des exigences de la clientèle - des retraités et de leur famille (référent éthique et qualité) -,
. de démontrer aux opérateurs de terrain l'intérêt d'avoir des techniciens compétents - agent de développement en gérontologie, voire, plus largement, de développement social -, pour les seconder dans leur fonction de développeur local.
Les 2 fonctions les plus rencontrées, pour plus de 60 % des postes emplois jeunes étudiées, sont :
. les assistants de convivialité, animateur technicien (resocialisation de résidents repliés sur eux-mêmes) : plus de 45 % des postes,
. et les accompagnateurs de vie (accompagnement, sur la base du maintien ou du re-gain de l'autonomie, du résident dans les gestes de la vie de tous les jours) : 15 % des postes.
Le dispositif « Nouveaux Services - Nouveaux Emplois » ne concernait que les secteurs d'activité publics et associatifs.
Néanmoins, rencontré par les auteurs de ce rapport, pour vérifier si son secteur d'activité voyait émerger le même type de nouveaux métiers, le délégué général du SYNERPA, syndicat d'employeurs qui réunit les établissements privés commerciaux, a souhaité intégrer les conclusions de cette étude, quant à l'évolution des métiers en gérontologie, dans la convention collective nationale unique que ce syndicat réfléchit actuellement avec les organisations syndicales de son secteur d'activité.
Il apparaît, au vu des perspectives quantitatives projetées par ce rapport, que la marge de progression de création de postes en gérontologie reste très importante (70.000 à l'échelle de la France), même si l'ensemble des postes repérés dans le cadre de cette étude ne seront pas forcément à reproduire, du fait des fonctions déjà existantes sur un site, ainsi que de sa configuration et de son contexte . sans compter leurs coûts.
Vers un accompagnement par les pouvoirs publics de cette émergence ?
Le dispositif français « Nouveaux Services - Nouveaux Emplois » ne permettait de créer des postes que pour répondre à des besoins locaux, lors de volonté institutionnelle d'opérateurs de terrain.
Aussi, une recherche-action pour explorer systématiquement toutes les « niches d'emploi » qui s'avéreraient nécessaires en gérontologie ne serait-elle pas pertinente ?
Si celle-ci voit le jour, il conviendrait alors :
. d'expérimenter sur le terrain un certain nombre de nouveaux métiers retenus comme prioritaires,
. puis de les évaluer avant d'étudier leurs conditions de transférabilité sur l'ensemble de la Belgique et de ses régions.
4.000 emplois en Région wallonne pourraient être créés pour répondre à des besoins émergents et/ou non couverts systématiquement grâce au développement de nouveaux métiers en gérontologie.
Ainsi, la Région wallonne participerait, de façon active et en adéquation avec les problématiques gérontologiques, à la volonté politique de créer 200.000 emplois initiée par le 1er Ministre.
Pour ce faire, un dispositif, qui pourrait être porté par la Ministre de la Santé, de l'Action sociale et de l'Egalité des chances, en lien avec les syndicats du secteur non marchand, intitulé « Nouveaux métiers en gérontologie », accompagnerait les différents acteurs concernés pour faciliter ces créations, sur la base du professionnalisme de ces nouveaux intervenants sur le terrain.
Les objectifs de ce dispositif wallon « Nouveaux métiers en gérontologie »
Accompagner politiquement l'émergence de ces nouveaux métiers :
. par une prospection systématique de ces métiers,
. par une expérimentation des pistes retenues,
. puis par une évaluation de celles-ci :
- afin d'établir un guide des « bonnes pratiques », puis de les transférer auprès de l'ensemble des opérateurs gérontologiques de la Région wallonne,
- tout en prévoyant les modalités de financement de ces nouveaux métiers (solvabilisation par les personnes, financement public, suivant les compétences des différents niveaux de pouvoirs, financement privé, etc.) ?
Les partenaires du dispositif wallon « Nouveaux métiers en gérontologie »
Tous les partenaires institutionnels concernés pourraient être invités à s'associer à la mise en place du dispositif, à travers le comité de pilotage du dispositif et des groupes de travail :
. le Cabinet de la Ministre de la Santé, de l'Action sociale et de l'Egalité des chances de la Région wallonne,
. le Cabinet du Ministre de l'Emploi de la Région wallonne,
. le Cabinet du Ministre de l'Economie solidaire de la Région wallonne,
. le Cabinet du Ministre fédéral des Affaires sociales et de la Santé publique,
. le Cabinet du Ministre fédéral de l'Emploi,
. l'Union des Villes et des Communes de Wallonie,
. le CESRW,
. le Conseil wallon du 3ème Âge,
. le FOREM,
. les fédérations d'employeurs et les syndicats (à travers les organismes paritaires centrés sur l'emploi et la formation qu'ils gèrent), ainsi que les organismes professionnels du secteur (aide à domicile, MR/MRS),
. etc..
Les pistes de solvabilisation du dispositif wallon « Nouveaux métiers en gérontologie »
Différentes sources de financement seront explorées pour construire le dispositif wallon « Nouveaux métiers en gérontologie », avec, par exemple :
. coordination générale du dispositif :
- la convention développement emploi-formation financée par le Ministre de l'Emploi de la Région wallonne,
. crédits d'ingénierie pour accompagner la création des postes, leur suivi, puis leur évaluation :
- la convention développement emploi-formation financée par le Ministre de l'Emploi de la Région wallonne,
. financement des postes :
- les emplois APE,
- le Maribel social,
- les titres services (pour les emplois d'aide au domicile ou autour de celui-ci),
- les mesures SINE et « article 60§7 »,
. crédits de formation :
- les fonds « groupes à risques »,
- les 1,9 % de la masse salariale consacrés à la formation décidés lors de la Conférence fédérale pour l'emploi de septembre 2003.
La mise en place du dispositif wallon « Nouveaux métiers en gérontologie »
Dès la finalisation de la méthodologie visant à concevoir le dispositif, ainsi que la formalisation du partenariat entre les syndicats et Perspective :
. installation du comité de pilotage,
. conception du dispositif, en s'appuyant :
- sur l'expérience du dispositif français « Nouveaux Services - Emplois Jeunes »,
- les conclusions de la Conférence fédérale pour l'emploi,
- les politiques des Ministres des Affaires sociales et de la Santé, de l'Emploi, et de l'Economie sociale de la Région wallonne,
. en parallèle, réalisation de 3 études gérontologiques de proximité (en milieux rural, rurbain et urbain), visant à tester la méthodologie, déjà conçue par Perspective, destinée à repérer les nouveaux métiers nécessaires pour répondre aux besoins sur un bassin de vie (cf. projet d'étude sur l'entité communale de Beauraing) et d'en analyser les résultats,
. lancement officiel du dispositif.
Amitiés.
Jean-Michel CAUDRON-CALLEWAERT
coordonnateur de l'asbl Perspective, centre francophone d'expertise en ingénierie gérontologique