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 L'innovation et le changement

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Parlons-en, une assemblée citoyenne
Auteur: Suzanne Huygens ( )
Date: le 22 novembre 2005 à 04:23

Le Relais Social, 10 boulevard Jacques Bertrand, 6000 Charleroi.
Tél. : 071 506 731, Mail : relais.social.charleroi@skynet.be
Association régie par la loi du 8 juillet 1976 - Avec le soutien de la Région Wallonne



A l'occasion d'un colloque organisé par la Ville de Charleroi*, nous nous sommes demandé quels étaient les axes citoyens mis en chantier à Parlons-en ; nous avons également réalisé quelques statistiques relatives à ces assemblées.
Afin de partager notre expérience et notre réflexion, autour d'une initiative de terrain, nous vous envoyons ce texte dans son intégralité. Il forme un tout, a le mérite d'être déjà rédigé et peut, peut-être, donner un exemple de travail autour de la notion de citoyenneté.



Le terme « encitoyennement » proposé par les organisateurs du colloque nous semble pertinent.

Il s'oppose tout en faisant référence au terme « embrigadement ».
Par son contenu, il renvoie à des valeurs démocratiques contraires à celles véhiculées par certains embrigadements contraints. Par sa forme, il souligne une action, celle de rendre citoyen ; comme si ce processus n'était ni naturel ni spontané, comme si la citoyenneté était une capacité à élaborer, un état à acquérir.

Les personnes sans-abri vivent en situation de précarité sociale aiguë. Elles nous montrent la situation dans laquelle on se trouve quand on a abandonné ses droits, quand on n'a plus qu'à déclarer les rejeter, quand on est dans l'incapacité d'y accéder. Ces personnes vivent en état de délabrement important, elles sont dans le fond du panier. Comment leur permettre de mener une vie conforme à la dignité humaine ?

Envers elles, l'encitoyennement consiste à minima à les informer, à les encourager ou à les aider à accéder aux droits sociaux.

Une des façons de travailler la citoyenneté dans le Relais Social est d'organiser des assemblées mensuelles entre les travailleurs du réseau et les utilisateurs des services, car aujourd'hui les utilisateurs ne veulent plus être « objet » de traitement mais sujet ou acteur de leur changement.

Cette orientation permet de concrétiser les principes de dignité, de solidarité et de citoyenneté inscrits dans la Charte et de donner la parole aux plus démunis, afin de permettre à ceux qui vivent une mise à l'écart ainsi qu'aux travailleurs qui les côtoient, de s'écouter, de s'entendre et d'approcher la vision de l'autre de façon collective. « Ce qui est formidable, disent les utilisateurs, c'est que les travailleurs nous écoutent en dehors de leur chapelle. »

L'origine de ces assemblées a souvent été évoquée comme une réponse à un événement dramatique déclencheur. Mais la condition de leur maintien se situe essentiellement dans l'existence d'un réseau.

Depuis mai 2001, 50 assemblées ont eu lieu. En moyenne 32 personnes étaient présentes. Parmi elles on constate la présence moyenne de 66% de travailleurs sociaux et d'invités et de 33 % d'utilisateurs. La plus haute participation des utilisateurs s'élève à 20 personnes; la plus basse à 4 personnes. Le nombre moyen d'utilisateurs est de 10.

Ces assemblées s'intitulent « Parlons-en ». Ce nom a été choisi parmi de nombreuses propositions émises par les personnes démunies, et adopté à main levée. A Parlons-en, on parle, on n'agit pas.
Les utilisateurs sont placés au centre du débat.

La première forme d'exclusion est la parole. Les exclus ont rarement droit à la parole ! De quoi parle-t-on à Parlons-en ?

Des problèmes que rencontrent les personnes démunies :
- où se loger, où se vêtir, où manger, où se soigner.
- des abris de nuit, des maisons d'accueil
- du Resto du Cour, des pratiques d'investigation de poubelles des grands magasins
- les lieux de convivialité, les services d'accueil de jour
- les vestiaires
- les ROI, les admissions et les sanctions
- l'accueil dans les hôpitaux
- le décès de personnes en précarité et la nécessité de leur permettre d'avoir des enterrements dignes
- le RIS
- les SDF et leurs chiens
- les prisons
- etc. .

Qui vient à Parlons-en ?

Outre les travailleurs sociaux et les utilisateurs de service, des « invités » sont accueillis. Ils viennent aux assemblées après que le groupe a accepté la proposition de les inviter et préparé leur venue.

Parmi les invités, citons : des Auditeurs du travail, des représentants du CPAS, des représentants de Maisons Médicales, de la Police, d'Amimal, Albert Jacquard, le Ministre Thierry Detienne et plus récemment, la Ministre de l"Action Sociale, de la Santé et de l'Egalité des chances Christiane Vienne.
C'est lors de la venue des Ministres que l'on a constaté la plus haute participation, autant du côté des travailleurs que du côté des utilisateurs.

Les invités créent une ouverture vers la société.

Quel est le domaine de la citoyenneté travaillé à Parlons-en ?

Un des grands acquis des sociétés modernes est l'introduction de la question sociale dans le droit politique. L'introduction du droit social dans les affaires de l'Etat et dans le concept de citoyenneté s'accompagne d'une délégation de pouvoir. Dans les démocraties modernes le citoyen élit des représentants qui font et appliquent les lois au nom du citoyen.

Le droit social désigne des risques encourus et met en place des assurances régies par certains critères. Un compromis social a permis l'introduction de ces droits. D'une part, la majorité reconnaît la propriété privée des moyens de production et, d'autre part, l'Etat reconnaît et gère les droits sociaux, la mutuelle, le chômage, le RIS notamment. En conséquence de cette reconnaissance mutuelle, des liens sociaux se créent, parce que ces droits résultent de et renforcent la communauté des citoyens.

L'introduction de ces droits doit être comprise comme un idéal vers lequel on tend, comme une ambition. Chacun a droit à l'accès aux soins de santé, à la justice, à l'éducation, par exemple, mais l'Etat ne promet pas à chacun le même bien-être. Il propose à chacun le même accès.

Essayons de concrétiser à l'aide d'exemples le domaine de l'accès aux droits sociaux et précisons d'emblée quelques orientations de Parlons-en, à savoir l'information, la participation et le changement.

L'information apportée par les experts :

A partir des problématiques posées par les utilisateurs, de nombreuses informations sont apportées par les travailleurs, par d'autres utilisateurs ou par des experts.
Des Auditeurs du Travail, par exemple, ont demandé à venir à Parlons-en pour éclaircir, auprès des utilisateurs, les démarches à réaliser pour accéder à la justice. A partir de situations individuelles, les Auditeurs ont accepté de pointer les erreurs de procédures utilisées. Sur un thème précis, les Auditeurs ont également réalisé un texte à l'intention des utilisateurs de Parlons-en. Ils ont, en outre, organisé une visite du Palais de Justice afin de démystifier le bâtiment aux yeux des plus démunis.

Ce faisant, les Auditeurs du travail apportaient non seulement des informations, mais surtout, par leurs présences répétées à l'assemblée, créaient des liens sociaux entre mondes différents et renforçaient la communauté des citoyens.

L'information apportée par les pairs :

A l'occasion de discussions autour de la santé, un utilisateur a notamment précisé les adresses des hôpitaux « accessibles et ouverts » aux personnes marginalisées. Ce faisant, il a également mis en avant, avec beaucoup d'émotion, ses propres difficultés à consulter et à se soigner. A la difficulté d'être reçu dans un hôpital, se superpose la difficulté d'accorder de l'importance à sa propre santé. L'émotion impressionne et suscite la réflexion des utilisateurs et des travailleurs.
L'information (donner des adresses) apportée lors d'un échange intense, en vertu de l'émotion qui circule, élargit le champ des possibles.
L'approche collective et respectueuse de la vision de l'autre introduit l'humanité à Parlons-en, améliore l'image de soi. On peut dire ses difficultés sans être rejeté.
Encore une fois, ce processus suscite la réflexion et les traces laissées par de telles expériences, nous le constatons, provoquent des changements.

L'information apportée par les travailleurs :

A de nombreuses occasions, les travailleurs de différents services du réseau répondent, en toute simplicité, à des questions des utilisateurs. Quelles sont les conditions d'accès aux services, pourquoi utilise-t-on telle ou telle modalité de sélection des publics . ? Un aspect du concept de citoyenneté est d'être soumis à une loi ou à une règle générale et identique pour tous. Plus on est démuni, plus on se sent victime de l'arbitraire. On l'a sans doute été plus que d'autres. Si c'est évident que devant la « fortune » on n'est pas tous égaux, l'attribution des droits sociaux, l'admission dans un abri de nuit, par exemple ou dans un service d'accueil de jour relève rarement de l'arbitraire.
Pouvoir affirmer cette position, pouvoir la démontrer à partir de nombreuses questions, avoir la modestie d'expliquer ou de réexpliquer les conditions d'accès à un service ou à un droit, permettent aux travailleurs de combattre l'auto-exclusion induite et renforcée par l'impression d'être répétitivement confronté à l'arbitraire.

Quelques résultats.

Les limites :

La parole des précaires est dure et interpellante. Les utilisateurs critiquent les plus proches, les services, voire les travailleurs qui les aident.
Il est important dans ce dialogue, de pouvoir distinguer la pertinence de la légitimité des critiques.
La pertinence est la manière dont une critique est formulée. Une critique impertinente, mal formulée, est d'autant plus difficile à écouter quand elle est formulée avec force.
Cependant, l'impertinence n'enlève rien à la légitimité de certaines critiques.
La population en précarité sociale aiguë ne met pas de l'eau dans son vin, la parole sort en bloc.
Les utilisateurs attendant des résultats et le temps des institutions n'est pas toujours celui d'une personne qui vit dans l'urgence parce qu'elle n'a pas de ressources assurées, parce qu'elle ne sait pas ce qu'elle va manger demain.

Les avancées :

Du côté des travailleurs sociaux :
La dynamique de Parlons-en a favorisé la co-construction du réseau. Les travailleurs des différents services qui y participent ont centré leurs actions sur les usagers. Cette assemblée joue un rôle de tiers. C'est une pratique décloisonnante.
Comment parler ensemble aux utilisateurs ? Comment les écouter hors « chapelle » ? Les travailleurs souhaitent avancer dans cette direction et renforcer le dialogue entre eux et les utilisateurs des services.

Si des problèmes particuliers se posent à Parlons-en, on oriente vers les services.

Du côté des utilisateurs :
Parlons-en est une des nombreuses « activités » du réseau, une part de l'ensemble de tout le travail social réalisé. Les utilisateurs ont également participé à la co-construction de l'assemblée.
Des liens se sont créés.

L'évolution de certaines figures emblématiques a été constatée autant dans la vie privée - retrouver un logement, réaccéder aux droits, se remettre en ménage - que dans une responsabilité publique prise spontanément par certains, pour aider ceux qui sont encore au bord de la route.
Une maturité dans le dialogue avec les travailleurs se constate également. Les relations sont moins conflictuelles.

Certains utilisateurs qui ont fait un bout de chemin vers l'insertion ne viennent plus à Parlons-en.
Une des questions qui se pose et se repose est de trouver les moyens de faire venir à Parlons-en de nouveaux habitants de la rue.
On y travaille, on y co-travaille avec les utilisateurs.

La parole reste-t-elle en vase clos ?

Les situations rencontrées dans le réseau ou abordées à Parlons-en sont relayées au Comité de Pilotage du Relais Social.

La structure du Relais Social prévoit l'ouverture vers l'extérieur, et s'il y a lieu, vers le politique.

A l'occasion des élections fédérales et, récemment à l'occasion des élections régionales, par exemple, un débat a été suscité avec les candidats des quatre partis démocratiques en matières de droits au logement.
A partir des difficultés rencontrées dans l'accès ou le maintien dans le logement des populations fortement précarisées, une série de constats ont été réalisés et proposés aux politiques lors d'une conférence-débat, afin notamment, que la parole des utilisateurs ne reste pas en vase clos.



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* « Les ateliers de la prévention », Charleroi, les 13 et 14 mai 2004










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