innovation et changement - témoignage d'une association
Date: le 1 décembre 2005 à 06:45
L'idée de l'innovation et du changement nous est familière. L'association où je travaille est née il y a 25 ans d'une idée militante : "dénoncer la violence conjugale, en ce qu'elle est l'expression d'un rapport inégal entre les hommes et les femmes" pour aboutir aujourd'hui à un service professionnel à plusieurs facettes, en passant au départ par des constats et des nécessités : il fallait aider dans l'urgence les femmes battues et leurs enfants, en grande détresse et en danger; il fallait sensibiliser le public, les professionnels, changer les préjugés, les stéréotypes, etc....Le Collectif a été créé dans un but d'innovation, avec un projet de changement social. Il est toujours dans cette dynamique aujourd'hui. Les "usagères" sont les premières personnes capables d'exprimer les injustices qu'elles vivent, par la violence conjugale, et par ses conséquences, l'ampleur des pertes qu'elles subissent, ainsi que par les réactions (ou plutôt l'absence de réaction) de la société. Elles ont à donner leur avis sur la qualité et l'efficacité des services que nous leur proposons (qui sont partiellement agréés et subventionnés).
L'efficacité des services que nous proposons (hébergement, conseils juridiques, écoute, réinsertion professionnelle) dépendent des moyens que nous obtenons pour le faire, et de la qualité des dispositifs que nous mettons en place, mais pas seulement : quelles sont pour ces femmes les possibilités d'avoir un revenu, un logement décent, de vivre en sécurité ...? Si nous ne voulons pas que la maison d'accueil corresponde à une mise à l'écart, la vigilance par rapport au maintien et à l'acquisition des droits des hébergées est plus que nécessaire. Cela demande une grande disponibilité et des compétences de plus en plus pointues. Ces femmes sont souvent dans la "revendication" de droits élémentaires.
Par ailleurs, l'absence de travail est un élément fondamental du processus de marginalisation, d'isolement : pas de revenus personnels, pas de liens avec un milieu professionnel, pas de valorisation sociale. Les perspectives réduites en matière d'insertion socioprofessionnelle pour une majorité d'entre elles qui suivent pourtant avec bonne volonté des formations nous amènent à penser à un "gaspillage des savoirs", ainsi que le nommait une de mes collègues lors d'un colloque récent, dans un constat plutôt pessismiste.
Des évolutions importantes dans les politiques judiciaires sont en route depuis quelques temps dans la lutte contre la violence conjugale. Cela influence évidemment de manière positive l'efficacité de notre action sociale. La même chose se passerait s'il y avait un accès plus large à des droits dans les autres domaines (logement, insertion professionnelle, ...).