Pertinence du concept d'intelligence territoriale (B. Mérenne)
Date: le 2 décembre 2005 à 08:28
Jean-Marie Delvoye, directeur d'Optim@, coorganisateur du colloque du Réseau Européen d'Intelligence Territoriale qui s'est tenu à Liège les 20 et 21 octobre 2005, nous a fait parvenir une série de contributions présentés lors de ce colloque et en rapport avec notre e-colloque.
Signalons, par ailleurs, qu'un Cahier Labiso a été consacré à Optima :
"Optim@ sur le territoire de Seraing. Un observatoire pour réfléchir et agir avec les acteurs socio-économiques et de la santé".
(http://www.labiso.be/ebooks/33-34_optima/index.html)
La contribution qui suit représente les conclusions de ce colloque (74 conférences et 15 ateliers).
Baudouin Massart
Modérateur E-Colloque
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Conclusions du 3e Colloque international du REIT (Réseau européen d'intelligence territoriale).
Conclure sur 47 conférences et les discussions de 15 ateliers : tel est le défi de cette courte synthèse consacrée aux travaux des participants au 3e Colloque international du REIT.
Une telle abondance traduit bien la pertinence du concept d'intelligence territoriale ainsi que l'intérêt qu'il suscite conjointement auprès des chercheurs et des acteurs de terrain. Elle met aussi en évidence la diversité des réponses apportées aux nombreux problèmes inhérents aux changements que nous vivons actuellement.
Au cour de cette problématique, trois préoccupations majeures : les territoires d'action eux-mêmes, les projets et les outils et méthodes. Ces trois préoccupations articuleront notre synthèse.
1. Les territoires d'action
Comment les définir ? Quelle taille ? Qu'est-ce qu'un espace pertinent ?
Soulignons d'abord que territoire dans la démarche est toujours plus qu'un cadre spatial, un support sur lequel les actions sont menées. C'est un construit, un territoire-projet qui émerge d'abord et avant tout des acteurs qui décident de mener à bien des réflexions et des actions.
Faut-il définir ces territoires avant ? C'est souvent le cas mais ce n'est pas indispensable. La recherche-action peut dans sa dynamique faite croître le territoire initial, le faire évoluer.
Ce territoire doit-il relever d'une autorité ou de pratiques communes ? J'aurais tendance à dire : à la fois les deux. Car sans autorité - et je pense en particulier aux élus communaux (et supracommunaux), comment concrétiser les actions, comment obtenir des moyens, comment faire aboutir un réel projet démocratique ? Mais si le territoire-projet ne correspond pas à un réel bassin de vie, comment susciter les collaborations, les solidarités toujours nécessaires en ce domaine ?
La taille du territoire-projet influence bien entendu les actions et les modes de fonctionnement. Cette taille, c'est toutefois moins une surface qu'une certaine masse critique d'acteurs qui décident de s'impliquer ensemble. Et là sans doute en fonction du projet, un optimum. Ainsi il n'est pas toujours facile de travailler ensemble dans une vaste structure intercommunale où l'on risque vite d'aboutir à du saupoudrage, à une juxtaposition d'actions et à une faible participation.
La nature même du territoire influence encore les projets. Un problème soulevé dans un atelier était notamment « quelle communauté d'appartenance dans un territoire en déclin où les acteurs économiques sont rares, où beaucoup d'habitants sont en situation précaire et peu connectés aux lieux et où les représentations diffèrent beaucoup selon les partenaires ? ».
2. Les projets
Comme les travaux se situent dans la problématique de l'intelligence territoriale, les projets abordés étaient multidimensionnels, multisectoriels visant des solutions globales. En outre, les objectifs étaient aussi clairement annoncés : accroître le bien-être et l'inclusion sociale.
Mais malgré de tels fils conducteurs, se posait quand même la question de la clarification des concepts : qu'est-ce que le bien-être, l'inclusion sociale mais aussi une bonne gouvernance, la participation, le partenariat ?
Sans vouloir tout baliser, remarquons que la plupart des intervenants ont souligné la nécessité d'un vocabulaire commun, d'une réflexion sur les représentations et enjeux cachés derrière ces concepts, d'une nécessaire capitalisation des savoirs ce qui impose une meilleure circulation des connaissances, d'abord au sein des acteurs impliqués dans l'action et ensuite entre des acteurs de régions différentes menant des projets proches. Notons que c'est l'objet du réseau REIT (coordonné de mains de maître par Jean-Jacques Girardot de l'Université Franche Comté) où l'on cherche une sorte de « fertilisation croisée » entre les chercheurs et les acteurs de terrain.
Le problème des temporalités a aussi fait l'objet de discussions intéressantes. Ainsi trop de projets sont développés dans l'urgence et ce par défaut de prévoyance. On cherche de la sorte à soigner sans bien connaître la maladie. En outre, les temporalités des différents acteurs peuvent fortement différer : il y a le temps de la motivation d'un groupe de bénévoles, il y a le temps des politiques, il y a le temps des professionnels. Et tout projet prend du temps notamment pour que tous les acteurs entrent dans la démarche. Mais, il est aussi essentiel d'articuler la cohérence d'un projet avec des opportunités qui pourraient se manifester en cours de démarche.
Parmi les thématiques majeures qui ont été débattues, on trouve encore outre le bien-être, la santé, l'emploi et le cadre bâti lui-même car l'exclusion se manifeste souvent en ces trois domaines. En termes de santé, l'atelier a bien mis en évidence deux problèmes : l'accessibilité des plus démunis aux soins (comme d'ailleurs aux aides et services à domicile) ainsi que la difficile intégration des différents acteurs qui méconnaissent souvent ce que les autres font, ne parlent pas le même langage. En ce qui concerne l'emploi, les participants ont souligné l'importance de mettre l'usager au sens du parcours, d'avoir une vue globale du problème (dans ses dimensions économique, sociale et environnementale) et d'éviter de confondre les handicaps naturels et les handicaps sociétaux. Pour le cadre bâti, le groupe a épinglé le rôle joué par les espaces publics et aussi par les lieux de vie et de rencontre.
Un autre problème majeur est sans nul doute la place des bénéficiaires dans le projet. Comme ce fut dit par beaucoup la participation citoyenne ne suffit pas à intégrer les exclus aux projets. Il faut créer des lieux pour la prise de parole, donner du temps pour que de réelles rencontres existent, disposer d'outils adéquats, prendre en compte les moyens d'expression de chacun. En ce domaine, l'attitude des responsables publics est souvent déterminent (par exemple face au problème des clandestins).
Ce problème de l'intégration des exclus dans les projets les concernant soulève aussi un problème plus général qui est celui de la participation des différents acteurs concernés. Comment la favoriser ? Sans doute d'abord en développant des diagnostics partagés et en construisant ensemble des outils d'évaluation. Nous y reviendrons. Notons que la participation est souvent plus aisée à mettre en ouvre dans le monde associatif que dans celui des représentants des administrations. Cette participation est encore liée à la gouvernance, à la nouvelle manière de gérer et de partager le pouvoir. Pour forcer le changement, sortir de son lieu comme élu ou responsable est souvent très utile, comme être en réseau avec d'autres. Certes la gouvernance reste une réalité diffuse où émergent quelques idées forces comme société civile, nouveaux modes de gestion publique et où chaque groupe doit non seulement s'interroger sur ce qu'il perd dans de telles pratiques mais aussi sur ce qu'il gagne.
3. Les outils et les méthodes
Un consensus fort en ce domaine : d'abord bien connaître pour bien agir. D'où l'importance du diagnostic territorial. Celui-ci devrait être participatif en associant usagers et intervenants non seulement sur les problèmes mais encore sur les ressources. De telles pratiques favorisent la participation par l'implication.
Quelles données dans ce diagnostic ? Des données à la fois qualitatives et quantitatives récoltées souvent par enquêtes et entretiens. Ces données doivent concerner non seulement le territoire mais encore son environnement, les publics visés, les organismes partenaires, les relais institutionnels. Faire valider ces données par tous les participants est essentiel afin de susciter le dialogue, de faire émerger les actions, de choisir les priorités. Les tenir à jour est aussi indispensable, d'où la pertinence des observatoires.
En fait, la collecte d'indicateurs est non seulement fondamentale pour le bon déroulement du projet à mener à bien mais aussi pour la démarche de mise en réseau des acteurs. Dans un projet, c'est en effet souvent ce que l'on fait ensemble qui compte plus que les résultats.
Pour mettre les données en réseau, un SIG est certainement un des outils efficaces mais il n'est pas toujours aisé à conceptualiser et en outre il sert plus à l'analyse qu'à la mise en place d'actions.
Quant à la mise en ouvre de la démarche, elle ne peut réussir que par une réelle mise en réseau des acteurs issus de milieux différents (politiques, associatifs, économiques.). Mais se pose là aussi le problème d'un langage commun, du partage du pouvoir, du pilotage des actions, des financements, du temps pour créer un climat de confiance.
Enfin, notons que l'évaluation doit obligatoirement être présente dans la démarche. C'est un outil de démocratie, d'intégration et de participation. Il faut là encore communiquer vers les bénéficiaires, renforcer une vision partagée pour assurer une vision prospective qui est la seule voie possible pour donner à chaque territoire et surtout à sa population un futur possible.
Prof. B. Mérenne
Directeur SEGEFA, ULg
21 octobre 2005
Colloque REIT