Quatre campagnes successives de Projets Participatifs du Relais Social de Charleroi. Une resocialisation progressive
Date: le 2 décembre 2005 à 04:25
Le Relais Social, 10 boulevard Jacques Bertrand, 6000 Charleroi.
Tél. : 071 506 731, Mail : relais.social.charleroi@skynet.be
Association régie par la loi du 8 juillet 1976 - Avec le soutien de la Région Wallonne
Nous vous proposons en guise de conclusions aux interventions précédentes les quelques lignes suivantes.
Nous voudrions d'abord observer que les principaux bénéficiaires de ces belles actions, bien qu'ils ne soient pas les seuls, sont bel et bien des SDF.
Egalement, d'année en année, les travailleurs ont observé la resocialisation progressive des participants.
Nombre d'effets du travail collectif sont impressionnants, reprise de confiance en soi, acquisitions de techniques nouvelles, par exemple. Ces effets sont espérés d'un travail social classique, s'il en est.
D'autres effets sont étonnants parce qu'inattendus. Nous pouvons les décrire, car nous avons observé, d'année en année, une resocialisation progressive des utilisateurs des projets. Mais, touchons du bois, sont-ils reproductibles ? Sont-ils dû à la conjonction de l'enthousiasme et de la compétence des accompagnateurs ayant rencontré un ensemble de personnes particulièrement réceptives à la participation collective ?
Les avancées sont encore fragiles. Rien ne nous permet d'affirmer qu'elles ont laissé des traces suffisantes. En tous cas, les accompagnateurs restent modestes, n'oubliant pas que la pauvreté et la précarité ont une origine socio-économique dépassant largement les compétences du social.
L'ensemble des résultats des Budgets Participatifs, tels qu'ils ont été décrits dans le bilan de chaque groupe, ainsi que par les travailleurs accompagnateurs des projets, permettent de tirer des conclusions à différents niveaux :
LE DEROULEMENT DES ACTIONS SPECIFIQUES* :
Les idées initiales autour desquelles se sont organisés les utilisateurs sont des idées originales qui répondent aux besoins rencontrés par le public cible du réseau.
La richesse et la variété des initiatives déployées démontrent la créativité d'une population bien souvent taxée d'immobilisme.
L'aboutissement des actions anticipées atteste la capacité de collectifs à s'organiser et à mener à bien des projets ; résultats allant à l'encontre des opinions alléguant la passivité des plus précaires.
L'EVOLUTION DES PARTICIPANTS :
La revalorisation de l'image de soi, l'aboutissement d'une action, le sentiment de se sentir utile à la société, de faire du bien aux autres et à soi-même (car le bien fait aux autres rejaillit sur eux-mêmes ) ; dans un projet au long cours - une ou plusieurs années civiles, grâce aux développements successifs des actions - conduisent les utilisateurs à faire preuve de constance et de volonté, à revisiter leur situation sociale. A s'épauler. Les plus expérimentés, forts de leur expérience, aident les autres. La façon nouvelle dont certains participants se représentent l'interface sociale est due au rôle actif qu'ils ont occupé. Ils conçoivent autrement la société, les services sociaux et leur propre position sociale.
Ils sont passé de la passivité critique à un rôle de citoyens actifs ayant un regard plus réaliste.
Cette démarche laisse des traces d'autant qu'elle se développe entre pairs.
LE ROLE DES ACCOMPAGNATEURS :
La place des accompagnateurs dans et autour des projets est capitale.
Ils nous ont dit devoir laisser l'initiative dans les mains des pionniers, contribuer à la constitution d'un groupe, permettre la résolution des conflits inhérents aux collectifs, favoriser l'ouverture et le développement des projets, encourager le dépassement des embûches, organiser la participation, veiller à la gestion collective, encourager les utilisateurs à réaliser les tâches indissociables aux projets ; bref, favoriser la constitution d'un collectif efficace tout en gérant les mouvements des participants dans les groupes.
Parallèlement, aider chaque utilisateur à déplier - à son rythme - la situation individuelle dans laquelle il se débat, qui a un problème de santé, qui connaît une difficulté familiale, qui n'a pas de domicile.
Tant de problèmes qu'il est nécessaire d'écouter, tant de personnes à orienter, tant de disponibilités à assurer dans l'enchaînement des événements.
Ce rôle capital et complexe, requiert un investissement-temps important et une grande ouverture d'esprit.
DEUX PROBLEMATIQUES POSEES PAR LE COMITE D'ACCUEIL, PAR LES ACCOMPAGNATEURS ET PAR LES PARTICIPANTS :
1. « On retrouve dans les différents projets nombre de mêmes participants »
Il s'agit des participants qui ont choisi de s'investir, ça leur tient à cour.
Ils ont acquis certaines compétences neuves et désirent développer l'expérience.
Ils construisent une nouvelle identification - membre d'un projet collectif - écartant les anciennes.
Ils n'occupent plus la même place, leur position dans le monde évolue.
Ils ne défendent plus un projet par trop idéaliste, ils réacquièrent un fonctionnement social.
Soutenons-les.
2. « Pendant combien d'années peut-on reproduire une même expérience ? »
La durée d'un projet pose la question du temps nécessaire à la consolidation de la resocialisation progressive. Comme le souligne Andréa Rea, le temps des utilisateurs, des services sociaux et des pouvoirs subsidiant est différent. Ne nous précipitons pas.
Comment se poser les bonnes questions ?
Il est nécessaire de s'intéresser aux Budgets Participatifs, d'imaginer des issues d'envergure.
Le travail quotidien de rencontre des SDF dans les abris de nuit, dans les services d'accueil de jour, dans la rue ou via l'urgence sociale demeure. Ce qui est introduit dans ce rapport, c'est que certains SDF décident de s'investir dans les Budgets Participatifs. Cet investissement laisse des traces, comment les consolider ? Comment laisser des repères auxquels tous peuvent se référer. Même si certains restent encore et resteront dans la rue.
Considérant l'ensemble de ces observations il conviendrait:
- De renouveler les expériences. Pourrait-on aller plus loin ?
- De soutenir les accompagnateurs de projets. Quels moyens mettre en ouvre ?
- D'accorder de l'importance au temps nécessaire à la stabilisation des acquis fragiles de resocialisation.
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* Pour rappel, les actions sont les suivantes : rédiger collectivement et publier un roman ; réaliser des visites aux pauvres, aux personnes isolées hospitalisées ; organiser un ensemble d'activités publiques, formatives ou festives ; dispenser une initiation à l'informatique ; former et permettre l'embellissement du logement des participants ; organiser un événement public ; accomplir un voyage éducatif, une escapade profitable et appréciée et, finalement, mitonner et offrir un repas lors d'une fête symbolique.